Cornimont & sa Vallée

 Voici comment Louis JOUVE, un des coauteurs,  de « La Lorraine illustrée », présente la Vallée de la Moselotte telle qu’il la vit en 1869.

« LA BRESSE présente un tout autre aspect que GERARDMER. Là, pas de larges prairies, pas de lointains horizons, mais une gorge longue et profonde creusée par Lispach et par la Moselotte. Des hauteurs presque inaccessibles, dénudée ou couvertes de bois, et de puissantes masses granitiques, qu’on prendrait pour de vieilles forteresses féodales en ruines, semblent séparer du monde entier ce village aujourd’hui important. […]. Pour descendre à REMIREMONT, on suivait une route à peine praticable pour les voitures. Aujourd’hui de belles routes relient LA BRESSE avec les pays voisins, tandis qu’au commencement de ce siècle encore, cette commune vivait presque en dehors du mouvement général. […] LA BRESSE suivait ses coutumes particulières, qui en faisaient vraiment une petite république. Elle s’administrait elle-même, choisissait solennellement son maire, qui, aidé de son lieutenant et de ses jurés, jugeait les causes civiles avec tant de sagesse qu’on ne cite pas de jugements cassés en appel. La justice se rendait en plein air sous un arbre appelé Thillot et sur la place de l’église, le Champé (champ du moté ou moutier). […] Aujourd’hui, on y travaille le granit avec succès et l’industrie cotonnière est venue fixer des capitaux considérables dans la vallée de la Moselotte, de LA BRESSE à VAGNEY. Les bords de cette rivière torrentueuse sont couvertes d’une foule d’usines. L’industrie a changé l’aspect général des lieux par le contraste de sa jeune activité si vivante avec les antiques forêts du voisinage et les sombres masses des montagnes. Nous parlerons plus tard de deux Bressauds de génie, simples pêcheurs qui ont découvert, renouvelé l’art d’élever les poissons et de repeupler nos rivières.

CORNIMONT, qui n’est qu’à une lieue au-dessous de LA BRESSE, a vu commencer, en même temps que SAULXURES, le mouvement industriel moderne de la vallée, dont la transformation ne se serait pas toujours faite au profit de la morale. Les paysans et les maniquins, comme on appelle les ouvriers , forment deux populations distinctes, parfois peu d’accord entre elles.

CORNIMONT conserve, parmi les archives de la mairie, une corne de taureau de dimension colossale, qui a servi de trompe et qu’on peut prendre pour une corne d’aurochs. Rien n’indique l’origine et l’âge de cet instrument. La tradition assure que c'est l’olifant de chasse de Charlemagne ; d’autre part, on veut qu’il soit la corne d’appel de la commune de CORNIMONT, comme ailleurs on avait la cloche du beffroi.

Nous ne descendrons pas dans la vallée de SAULXURES, tout en regrettant de ne pas faire une station devant le château de M. le sénateur Claude, aujourd’hui propriétaire des grandes manufactures fondées par M. Géhin. […].

De CORNIMONT à BUSSANG par VENTRON, village frontière de l’Alsace, la route ou les chemins forestiers n’offrent que les variantes toujours charmantes des beautés pittoresques que nous avons déjà admirées : forêts pleines de lumière ou d’ombres noires, luxuriante verdure égayée par le soleil, près d’émeraudes ; eaux argentines et transparentes, qui sourdent éternellement du flanc des monts, rochers gris lavés par les pluies ou revêtus de légers lichens ou de mousses, maisons blanches disséminées comme des nids humains partout où l’herbe pousse et dans les clairières des forêts. A chaque pas que je fais dans ces profondeurs silencieuses, je me sens pénétré d’un saint amour de la nature et de l’humanité. »

 

CourSi vous souhaitez apprécier les beautés de la vallée, nous vous conseillons le site d'un jeune photographe de la région : Christophe CLAUDEL à déguster sans modération !

 

Et puisqu'il est question de Bussang dans cet admirable texte, nous saisissons l'occasion pour vous inviter à visiter un haut lieu de la culture populaire, fondé, il y a maintenant 120 ans, par Maurice POTTECHER : le Théâtre du Peuple.

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