Fier de ses racines

L'HOMME...UN ARTISTE OUVRIER (Michel MAURICE, 1937, Cornimont/2014, Remiremont)

Rien, a priori, ne destinait Michel à devenir artiste. Né de parents ouvriers,  son enfance modeste ne fut pas des plus simples, en particulier pendant la guerre, le laissant fort éloigné du monde culturel et artistique. Toutefois il sut s'adapter et parer aux nécessités. Pour améliorer l’ordinaire, il n'hésitait pas à pêcher en toute illégalité les truites dans la Moselotte (voir Cornimont & Vallée) et à se porter volontaire  pour toute sorte de petits boulots, aussi étranges soient-ils, comme ramasser, contre quelques piécettes, les quilles que les soiffards du bistrot s’amusaient à faire tomber….Bref, il ne s’en laissait jamais compter et déployait sans cesse une énergie débordante mais toujours constructive, quitte parfois à dépasser les limites imposées par la maréchaussée !

Quand survint l’adolescence, ce fils d’ouvriers, devait selon la logique de l’époque devenir ouvrier, difficile en effet de concevoir un autre horizon lorsqu’on résidait dans les cités ouvrières d’où l’on voyait se dessiner la cheminée des usines. A croire que le destin de ces enfants des cités était tout tracé depuis le berceau. Après tout, l’usine est à deux pas, pourquoi ne pas y travailler une fois éteinte l’obligation scolaire ? Pour Michel, c’était l’évidence même, il n’y a en effet pas de honte à exercer le métier d’ouvrier, et pour lui, ça ou autre chose, c’était du pareil au même. Il faut bien vivre ! C’est fort de cette philosophie que Michel  acceptait de bon gré son sort, abandonnant, dès ses 14 ans révolus, des études (qu’il ne goûtait d'ailleurs guère) pour travailler illico à l’usine.

Jeune homme, sa détermination fut d’autant plus affermie que ce travail  lui permettrait, à terme, de quitter le nid familial pour enfin vivre sa vie d’homme auprès d’Huguette, une championne de gymnastique qui deviendra plus tard son épouse. Mais les « événements » d’Algérie modifièrent quelque peu ses plans. Conscient qu’il ne pouvait échapper au service militaire, il préféra anticiper l’appel. Le jeune homme était en effet pressé de partir ; car dans sa logique, plus tôt il serait parti, plus tôt il serait revenu. A 19 ans, il se résigna donc à quitter son village natal pour l’Algérie, sans être évidemment assuré du retour et, c’est sans convictions, qu’il effectua son devoir dans cette Guerre sans nom qui n’était pas la sienne. Or son incapacité notoire à conduire un véhicule et à tenir convenablement une arme à feu l’éloigna des zones de combat. C’est peu de dire que ce jeune homme, déjà poète, était inapte au service armé. A dire vrai, muni d’un fusil ou simplement derrière un volant, Michel était encore plus dangereux pour ses frères d’armes que  les combattants  de l’indépendance algérienne réunis ! Après maintes frayeurs, ses supérieurs se résolurent ENFIN à l’assigner au mess des officiers. Les dégâts seront effectivement bien moindres. De fait, Michel disposait de beaucoup de temps, il put admirer la nature et la beauté de ces lieux, en dépit des tensions.  Il trouvait  justement que les ceps de vigne, par leur forme tortueuse, avaient bien des attraits. Il lui vint ainsi l’idée d’en découper et de monter ces ceps sous forme de lampe de chevet (en 1957, voir Processuf créatif). Les officiers l’en félicitèrent aussitôt : « c’est pas mal Maurice, tu devrais continuer ! »… Alors il continua. Mais il ne se voyait pas pour autant artisan. Revenu au pays, il reprit l’idée de travailler le bois mais d’une autre manière. Faute de vignes, il devait changer de matière première et se reporter sur le bois de nos forêts. Au début, il « bricolait » en assemblant des éléments disparates. Mais son jeune frère Bernard, lui souffla une excellente idée : « ce serait beaucoup mieux si tu ne rajoutais pas ». Ce changement de méthode fut ô combien salutaire. Les premières racines furent ensuite exposées sur la voie publique au vu et au su de tous ; et c’est ainsi qu’elles furent volées ! Cet épisode inattendu, loin de le décourager, le conforta à poursuivre. Le vol, ne serait-il pas un hommage rendu à l’artiste ? Il reçut plus tard bien d’autres hommages de ce type. Mais passons…

Malgré le succès des Racines et du Musée, Michel ne pouvait vivre décemment de cette passion, c’est pourquoi il travailla à l’usine pour assurer les besoins d’un foyer qui compta, au final, pas moins de 6 enfants. Michel était décidément très productif ! Il dût se résoudre ainsi à mener de front ses diverses activités et ce jusqu’en 1991, où il fut enfin libéré de son emploi à l’usine.  Il put dès lors s’adonner totalement aux Racines, jusqu’au bout de lui-même et de ses forces jusqu’à cette fin d’été 2014... non sans avoir accompli une œuvre originale et singulière.

 

 

ET NOUS DIRIEZ-VOUS ET SA FEMME DANS TOUT CELA ? (Huguette MAURICE née TOUSSAINT, 1933, Cornimont/2007, Remiremont)

La longue aventure des Racines n’aurait pas été celle que nous connaissons sans la présence de son épouse Huguette. Etre la femme d’un artiste, concentré sur son œuvre, n’est pas une sinécure ! Il faut, tour à tour, le rappeler à certaines réalités, le seconder, l’épauler, le conseiller et l’encourager au besoin. Ce site est aussi un hommage à cette femme généreuse qui a su comprendre son artiste de mari et accueillir avec chaleur les nombreux visiteurs du musée. Malheureusement sa bienveillante présence ne pouvait être éternelle, elle nous quitta soudainement en 2007, laissant un veuf éploré, privé à jamais de sa tendre compagne.

 

Ami, visiteur, si tu as des photos, des souvenirs ou des anecdotes n'hésite pas à nous les raconter dans le Livre d'Or du site ! D’avance merci.

 

Amitiés.