MIchel, qu'as-tu vu de la guerre ? J 'y ai vu des agneaux se transformer en loups.

Le moins que l'on puisse dire est que Michel n'était pas un va-t-en guerre. Mais il dût se résoudre à effectuer son service militaire tout en sachant qu’il partirait en fait pour l'Algérie. Trois de ses frères firent de même et ce n'est pas sans angoisses que la pauvre Alice voyait ses "gars" partir au lointain pour un long séjour qui n'était pas d'agrément. Certes si les voyages forment la jeunesse, on pourrait au moins lui épargner de partir à la guerre ! Michel d'ailleurs ne comprenait pas le sens de celle-ci, elle lui était totalement étrangère, à l’inverse de celle qu’il subit tout petit.

C’est l’occasion de rappeler que tous les jeunes gens de sa génération (il est né en 1937) avaient déjà vécu la guerre. Tous furent témoins de l’occupation et des rudes combats qui ont conduit à la libération du territoire. Aussi étaient-ils marqués par le bruit des bottes, des canons et des fusils et par la vue d'hommes blessés ou morts, de même que par les pleurs des familles endeuillées ; car les combats n'avaient évidemment pas épargné les civils, lesquels pour ces enfants étaient souvent des parents, des copains ou des voisins. Chez tous, la guerre n’avait rien de virtuel.

C'est dans cet état d'esprit que le 2e classe Michel Maurice partit et revint, sans  promotion mais surtout sans séquelles physiques ou morales, à l’instar de ses trois frères. Enfin ! Alice pouvait finalement respirer ; mais combien de mères eurent la chance de voir revenir  tous leurs garçons sains et saufs ?

Ce passé a logiquement frappé Michel. Certaines de ses œuvres sont rattachées à la guerre ; il s’agit soit de créations personnelles soit de coproductions de la nature et de la mitraille trouvées dans nos forêts vosgiennes (voir diaporama). Les Vosges, de par leurs configurations géographique et physique, sont situées à un endroit stratégique où les combats sont toujours âpres. Elles furent notamment une poche de résistance tant pour les combattants de la liberté (ceux par exemple du maquis de la Piquante Pierre) que pour l’occupant qui voyait là l’ultime verrou qui protégeait son propre territoire.  En forêt, on trouve encore trace de cette histoire commune entre Allemands et Français. Quand nous allions aux Racines, Michel nous montrait, à l’occasion, les bornes frontalières marquées de la lettre « F » pour France et « D » pour Deutschland, manière de rappeler notre ancienne proximité.

Cependant nulle rancune, au contraire ! Michel vantait la paix et l’amitié entre les peuples. Pour preuve, une racine représentant un homme blanc et homme noir se tenant, dans un geste fraternel, par la main. Elle fut offerte au président Georges POMPIDOU de passage dans les Vosges, par la Commune de Cornimont. Enfin, Michel et son épouse eurent le plaisir de voir leur village jumelé avec la ville allemande de Steinen et ainsi d’accueillir, à domicile, un couple d’Allemands tout aussi émus qu’eux de fêter leurs pays réconciliés. Pour ces enfants de la guerre, cette amitié recouvrée n’avait pas de prix !